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30/07/2005

Cambridge - 2005/07/30 @ 20h00

« Le terrorisme islamique est là pour durer. » Ce n’est pas moi qui le dit, mais la grande majorité des experts internationaux. Après la redite des attentats à Londres il y a 2 semaines, il semble qu’il y ait peu de raisons d’en douter. Mais moi ce qui m’intéresse, c’est plutôt ce qu’ils ne disent pas. Quitte à être l’otage involontaire de psychopathes enturbannés et de politiques irresponsables, autant comprendre pourquoi…

 

Depuis 2001, face aux attentats terroristes, et à la couverture médiatique des actes terroristes depuis, j’ai toujours eu deux questions. La première était pourquoi la société accordait tant d’importance à ces événements. Après tout, le terrorisme n’est pas un phénomène nouveau, des centaines de personnes meurent chaque année sur les routes, ou de cancer du poumon. Des milliers de femmes sont violées ou violentées.

 

Pour comprendre cette disproportion dans le traitement, il faut pouvoir comprendre la distorsion de nos valeurs. Aussi incroyable que cela puisse sembler, nous vivons dans une société incroyablement obsédée par la notion de justice. Les attentats marquent les esprits parce qu’à nos yeux, la mort violente, totalement injustifié et – soyons clairs – injustifiable de gens innocentes, nous est absolument intolérable.

 

A l’opposé du spectre, le cancer ou le sida sont perçus au mieux comme un drame privée, au pire comme un choix personnel ( "Après tout, il savait que fumer pouvait provoquer un cancer" ). C’est cette même disproportion des sens de valeurs qui nous pousse à organiser des Live Aid, et qui finance la plupart des ONGs. Evidemment, la notion même de justice nous est toute relative. Je ne suis pas sur que le grand public perçoive les morts égyptiens de Charm-El-Sheik sur le même plan que les morts Londoniens. En la matiere, les facteurs d’identifications et de masses sont clefs pour comprendre pourquoi le terrorisme squatte la une des journaux.

 

Et ça n’est pas prêt de changer, même si nos médias ont conscience de servir le jeu des terroristes. Soit.

 

Plus important à mes yeux est la question du pourquoi. Pourquoi des jeunes gens à priori pleins d’avenirs, « intégrés » à la société moderne, pouvait se laisser entraîner dans une entreprise terroriste ? C’est évidemment la question fondamentale. Pour être honnête, je commence à peine à en percevoir les mécanismes.

 

 

Pour comprendre, il faut mettre en doute à la fois les notions de « pleins d’avenirs » et « d’intégrations ». Les jeunes terroristes londoniens n’étaient pas pleins d’avenirs. C’étaient des jeunes lambdas, certains ex-délinquants, d’autres aux vies totalement creuses et vides. Des parcours scolaires jalonnés d’échecs. Une vie faite de métiers précaires, d’aides sociales sur fond de violence récurrente. Ces jeunes sont le produit direct de notre société. Etant en situation d’échec social, ils ont directement ou inconsciemment perçus l’injustice profonde d’un monde aux milles promesses inaccessibles.

 

Mais ça n’explique pas tout bien sur. Si il suffisait de rater sa vie pour devenir terroriste, nous vivrons en état de guerre civile permanente ! Non, la seconde charnière ici, c’est une question de modèle.

 

La société occidentale n’offre plus qu’un seul modèle, le libéralisme économique. Dans ce modèle, réussir sa vie est plus ou moins directement lie à l’état de vos finances. Avoir les moyens de. A vous de placer le complément d’objet qui vous convient.

 

Pour ceux qui n’ont pas les « moyens de », il y a peu d’alternatives. Vous avez le choix de subir la société ( alternance chômage/petit jobs, soirée télé, et HLM ) ou de vous rebeller, en vous faisant violence au passage ( délinquance/ prison, drogues, exclusions… ). Le combat politique étant complètement discrédité, ces jeunes ont peu de chance de rejoindre une organisation luttant contre les défauts du libéralisme. Et soyons honnête, les organisations alter mondialiste sont bien trop « intello ».

 

En bref, il ne reste rien. Rien sauf peut être le fameux repli identitaire - dont on nous rabache les oreilles en France. Et pour des jeunes déracinés, immigrés de seconde ou troisième génération et en situation d’échec, la culture d’origine est un important facteur de redéfinition identitaire, peut être même le seul.

 

En soit, pourquoi pas. Pourquoi ne pas être fier de maintenir ses racines, et de pratiquer la religion de ses parents ? Apres tout, ç’est peut être un facteur structurant important. Sauf quand ça se transforme en obsession, quand la « structure » devient « cause » car elle échoue à compenser les injustices sociales apparentes.

 

C’est sur ce terreau que les organisations terroristes recrutent, à la marge de nos sociétés, là ou le rêve libéral se transforme en cauchemar pour des millions de personnes. Là ou notre société n’est plus un idéal, mais un calvaire… C’est ça qu’il faut comprendre. Sans alternative de vie, sans un futur, seule l’idéologie de la mort peut mûrir…

 

Alors, s’il est important de s’unir face au terrorisme en général, il est grand temps de réfléchir à nos sociétés, de comprendre que nous ne pouvons pas construire un monde ne paix sur un seul modèle, sans alternative. Ce n’est qu’en comprenant ce fait que nous ferons mentir nos amis les « spécialistes »…

 

Allez, parlons léger. Je ne m’attarderai pas sur le fameux scandale GTA :SA tellement c’en est ridicule. Rockstar qui ment, Hilary Clinton qui condamne, Mamie Nova qui part en procès, la FTC qui enquête, l’Australie qui interdit le jeu… Et toute l’industrie qui se demande comment diable aborder les thèmes sexuels dans les jeux… Je crois qu’on a atteint des sommets de stupidité et d’ignorance crasse… Next…

 

 

Les papiers de l’ELSPA 2005 sont disponibles en téléchargement. J’ai beaucoup aimé celui de Ben Keen, qui met bien en perspective le fait que l’industrie du jeu n’est pas encore « mass market », confirmant ce que je pense sur le sujet. En parlant de pensée, j’ai aussi beaucoup aimé le slideshow de Greg Costikyan, qui rejoint presque arguments pour arguments ce que j’ai écrit il y a plus d’un an dans mon propre manifeste. Dans Gamasutra, John Sutherland rappelle quelques vérités sur la narration, tandis que Scott Miller critique vertement le culte d’ICO. Moi je dis, il est où Duke Nukem Forever ? ;-)

 

Si vous avez un peu de temps, et que vous aimez les choses gratuites, The Escapist continue son petit bonhomme de chemin. Mais surtout, je vous conseille le livre de Florian Cramer « Words Made Flesh ». Dans ce pdf, Florian explore l’histoire de la notion de « code », de la Kabbale aux codes informatiques. Comment les symboles se font sens et ce faisant modifient le monde qui nous entoure. Passionnant !

 

Mon truc, c’est la simulation physique. Alors quand je trouve une thèse qui résume le sujet, je pense que ça mérite d’être mis en valeur ! Kenny Erleben fait un travail fantastique pour explorer le sujet, et résume le strict minimum qu’un ingénieur en simulation physique devrait savoir ! Et si vraiment, les maths, ce n’est pas votre truc, pourquoi ne pas apprendre la politesse au Japon ?

 

 

Ces derniers temps :

  • J’écoute: Hooverphonic - Inhaler
  • Je lis: Charles Bukowski – Contes de la folie ordinaire.
  • Je vais voir: pas grand chose. Le cinéma, c’est un peu plat cette année…
  • Je joue à: Minna Daisuki Katamari Damacy – La suite de KD ! C’est dans ces moments là que je me souviens pourquoi j’aime les jeux vidéo !!!!
  • On ne me trouvera: au bureau ! Août s’annonce travailleur…
  • Je suis : bronzé ! Enfin, plus que d’habitude ! Et oui, ça m’arrive aussi ;-)

20:00 Publié dans Nexus | Lien permanent | Commentaires (0)

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