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17/09/2009

Petit guide de survie à l’usage du développeur de jeu

Les derniers commentaires récents ont remis sur le tapis les difficultés que peuvent rencontrer les employées (et les entreprises) dans le secteur. Comme la majorité des salariés, mes revenues dépendent quasi exclusivement de mon emploi, et une grande majorité de mon temps est passé au bureau.


Du coup, voici un petit guide sans concessions (voir subversif pour certain) à usage de nous autres : les salariés. La majorité des points abordés sont d’ailleurs en fait valide dans n’importe quel entreprise ou contexte : un peu de bon sens et quelques conclusions logiques.


Patrons et autres « exploiteurs capitalistes », passez votre chemin : ce qui suis ne vous est pas destiné ^_^


1st Rule: You work for you and you foremost.


Ca parais bête  dit comme ça, mais vous bossez d’abord et avant tout pour vous-même. Personne ne peut se substituer à vous pour gérer votre carrière, votre formation et évidemment, votre vie privée. En somme, vous êtes votre propre entreprise, et en signant un contrat avec un employeur, vous vendez en pratique vos compétences et votre temps en échange d’une rémunération et, le cas échéant, de l’opportunité de travailler sur un projet qui vous intéresse.


Il est donc très important que vous gardiez à l’esprit ce que la relation de travail vous apporte : au moindre doute, si vos objectifs et que ceux de l’entreprise diverge, c’est qu’il est temps d’agir. Ce qui nous amène au point suivant.


2nd Rule: You do not own the company, and the company does not own you.


Vous n’êtes pas l’entreprise qui vous emploie, pas plus qu’elle ne vous possède. Quelque soit les décisions stratégiques que prennent les patrons, ce sont les leurs, et ils ont parfaitement le droit légitime de les imposer. Ils peuvent bien sur se tromper (et vous aussi), mais, au maximum, votre travail s’arrête à leur signaler vos doutes.


Si on vous écoute, tant mieux ; sinon, tant pis. N’en faites pas une affaire personnelle, parce que ce n’est pas vous qui risquez le plus gros. Ce n’est pas votre boite, elle n’est pas à vous.


La bonne nouvelle, c’est que l’entreprise ne vous possède pas non plus. En signant un contrat, vous ne vendez pas votre âme.


3rd Rule: And sometimes, the shit hit the fans…


La grande majorité des entreprises du secteur sont de petites PME. Les PME sont fragiles : elles dépendent de l’économie, de l’honnêteté des clients, du bon vouloir des banques, de la qualité du produit, du travail de l’équipe… ainsi que bien sur du talent des dirigeants.


Quand vous travailler pour une PME, vous devez savoir qu’il existe de nombreux risques : votre salaire peut être versé avec du retard, votre projet peu tomber à l’eau, vous pouvez perdre votre emploi à n’importe quel moment.


C’est comme ça. Il faut apprendre à vivre avec, s’y préparer ou chercher un autre job (fonctionnaire, c’est pas mal aussi).


Le plus grand malentendu, c’est que ce risque, ce n’est pas à l’entreprise de le gérer, c’est à vous.


4th Rule: You are your own risk manager.


A l’école, parmi les nombreuses compétences que l’on ne vous apprend pas, gérer les risques arrive largement dans le peloton de tête.


Prenons l’exemple du salaire.


Quand vous louez un appartement, votre propriétaire prend le risque que vous ne puisiez pas payer le loyer. Il ne sait pas comment vous gérer vos revenus, et vous demande donc moult garantie. Et ce même si pour autant, la plupart de ces garanties n’ont franchement pas beaucoup de valeur (une photocopie des bulletins de salaires ? Un garant ? La belle affaire…).


A l’inverse, quand vous signez votre contrat de travail, vous n’êtes pas en mesure de demander ces mêmes garanties. Déjà, ce boulot, soyez honnête avec vous, vous en avez besoin pour vivre et progresser dans votre carrière. Ensuite, on ne parle rarement des choses désagréables en entretiens (comme le risque de ne pas être payé, ou la situation actuelle du cash flow).


Souvenez vous : vous êtes libres de prendre ou pas un engagement. Quand vous signez, même inconsciemment, les différents risques d’interruptions de revenues vous échoient.


La première chose à faire donc, c’est de faire une évaluation sans concessions de vos moyens.


Comment gérer vous votre budget ? Pardon, je voulais dire: gérez vous votre budget ? Vivez-vous au dessus de vos moyens ? Avez-vous des économies ? Combien pensez-vous pouvoir emprunter à votre famille ou vous proches, ou vos amis, en cas de coup dur ?


Après avoir fait ça, vous devez avoir une vision claire de combien de temps vous pouvez vivre sans revenu. O mois ? Là, vous êtes dans la dèche. 1 mois, 2 mois ?


Dans tout les cas, cela vous permettra de savoir quelle attitude avoir si jamais de gros nuages sombres s’amoncellent à l’horizon. Parce ce que l’entreprise n’est pas responsable de votre mode de vie, de vos engagements, de votre vie de famille, ou de vos dettes.


5th Rule: Master your emotions.


Malheureusement, nombres de personnes semblent penser que les salaires sont « garantis », ou que votre poste est « protégé ».


Pourquoi cela le serait ? Vous, vous provisionnez toujours vos loyers avec 1 ou 2 mois à l’avance ? Vous ne résiliez jamais un contrat  juste parce que vous le voulez ? Vous ne changez jamais de fournisseurs sans préavis ?


Pourquoi une entreprise serait différente ?


Et ca, ça entraine tensions, incompréhensions, malentendus et abus divers. Bien sur, sur le coup, ça soulage de péter une durite. Mais sur le long terme, c’est vous qui avez tout à  perdre.


A chaque fois que vous laissez vos émotions prendre le pas, vous perdez tout crédit professionnel. Pire, vous prenez le risque de commettre de graves fautes professionnelles pouvant nuir à votre avenir.


Il n’y a aucunes excuses aux insultes, a arrêter de travailler, ou à nuir en médisant ou en plombant l’ambiance dans l’entreprise. Vous n’avez tout simplement rien à y gagner.


Par contre, à chaque fois que votre entreprise à un problème, vous devez évaluer votre engagement. Combien de temps pouvez-vous accepter la situation ? Avez-vous fait le tour de votre poste ? Combien d’expérience avez-vous acquis récemment ? Est ce que le jeu en vaut la chandelle ?


Si le constat est positif, c’est simple : continuez à travailler et de faire de votre mieux (souvenez vous que vous le faite pour vous d’abord et avant tout).


Sinon, partez. Cherchez autre chose, ou négociez pour rompre le contrat à l’amiable.  Au moins, vos toucherez les assedics. J’ai même déjà démissionné pour moins que ça ^_^


En tout les cas, il n’y a rien de pire que de rester immobilisé par sa propre peur : vous ne rendez service à personne en tirant la gueule, et vous ne vous rendez pas service non plus.


A l’inverse, si vous choisissez de rester, c’est pour être sur le pont. Si ça marche, vous pourrez vous targuez d’avoir participé à redresser votre entreprise, et ça, ça a de la valeur, de la valeur pour vous.


6th Rule: You are not worth more than what you are paid for.


En parlant de valeur, le débat sur la récompense revient aussi souvent sur le tapis. Bonus, conférence, formations, et la sacro sainte augmentation de salaires, ces sujets sont souvent l’objet de discutions houleuses et passionnées.


Pourtant, la vérité est simple : nous ne valons pas plus que ce que nous gagnons. Ou autrement dit : nous ne valons pas plus que ce que nous avons négocié à l’embauche.


Le reste, c’est du bonus. Obtenir une augmentation, se faire offrir une conférence couteuse, faire financer son autoformation, faire payer ses heures sups… Tout ça existe, et il est parfaitement légitime de les réclamer.


Mais rien n’est dû.


Les promesses ne sont que des promesses. Elles ne valent rien, absolument rien. Si elles sont tenus, tant mieux. Sinon, tant pis.


Et ca, ca découle de ce qui va suivre.


7th Rule: You are not indispensable. Nor am I. That said, nor is your company to you…


Le vrai secret, c’est que personne n’est indispensable. Pas plus vous que moi.


Beaucoup de personnes essaient de se rendre indispensable. Et certaines y arrivent presque d’ailleurs. Mais en fait, toute cette énergie est déployée à mauvais escient.


Si vous travaillez, c’est pour vous. En en donner pour l’argent que l’on vous paye. Le reste est vain.


Mais la bonne nouvelle, c’est que c’est parfaitement réciproque. Si le deal que l’on vous fait ne vous convient pas, ou ne vous convient plus. Il est temps de changer de boite.


Par ailleurs, un CDD n’est pas une putain de promesse de CDI, quoi que l’on vous dise à l’entretien. Si ce premier n’est pas reconduit, ne soyez pas surpris, c’est le sens même du mots « déterminée » dans contrat à durée déterminée ^_^


Ce qui signifie que vous devez être prêt à rebondir.


De même, les périodes d’essais sont réciproques ! N’hésitez pas à partir si vous constatez que ce que l’on vous a vendus ne correspond pas à l’emballage ^_^


8th Rule: Remember, this is simply a fucking business.


Nous faisons un métier artistique, nous enthousiasmer, créer, vivre, et partager des émotions, c’est ce que l’on fait de mieux. « We live on the edge ».

 

Mais il ne faut jamais perdre de vue que tout cela est aussi un jeu, que la vie n’a pas de cesse de nous mettre au défi, et que c’est parfois pas très agréable.


Ce n’est pas que les galères n’existent pas, ou que les patrons ne sont comportent pas parfois stupidement. Mais il faut bien garder à l’esprit que ça ne justifie pas de devenir soi même un abruti, ou de se comporter en idiot.


Business is business. Faire de l’argent n’est probablement pas votre objectif premier à vous (la plupart d’entre nous ne souhaite que gagner décemment sa vie en ayant un travail enrichissant et fun), mais c’est l’objectif premier de toute entreprise (et si votre patron vous dit le contraire, c’est qu’il se trompe ou qu’il ment, point barre).


Vous êtes donc fondamentalement embarqué sur une autre galère que celle de votre boss. Il faut aussi garder ça à l’esprit.


Et si vous en avez gros sur la patate après votre boss, imaginez un peu ce que bosser pour Bobby Kotick, PDG d’Activision, doit être ^_^

 

When he wasn't promoting the company's games or technology, Kotick was celebrating its laserlike focus on the bottom line. He pointed to changes he implemented in the past as being particularly beneficial, such as designing the employee incentive program so it "really rewards profit and nothing else."


"You have studio heads who five years ago didn't know the difference between a balance sheet and a bed sheet who are now arguing allocations in our CFO's office pretty regularly," Kotick said.

 

He later added, "We have a real culture of thrift. The goal that I had in bringing a lot of the packaged goods folks into Activision about 10 years ago was to take all the fun out of making video games."

 

If that sounds like it would create a corporate culture that isn't all sunshine and hugs, then it's mission accomplished for Kotick. The executive said that he has tried to instill into the company culture "skepticism, pessimism, and fear" of the global economic downturn, adding, "We are very good at keeping people focused on the deep depression."


[ via Gamespot ]


Bonus: This is a small world


Pour conclure ce trop prétentieux et long post, le monde en général, et notre industrie en particulier, est parfois bien petit.


Vous êtes votre propre publicité, votre propre agent. Personne ne peut le faire pour vous.


Mais, en guise de lot de consolation, l’inverse est vrai aussi ! Certaines sociétés ne verront probablement jamais la couleur de mon CV tout simplement parce que j’ai eu trop d’échos négatifs.


De même, certaines personnes ne retravailleront probablement pas avec moi (si en m’en laisse le pouvoir bien sur). Et de toute façon, c’est réciproque ^_^


Mes aveux circonstanciés ^_^


Je dois toutefois faire quelques aveux : la vérité, c’est que j’ai trahi tous les points que j’ai cités précédemment au moins une fois (et je continu peut être même pour certains) !


Me laisser m’emporter au point que je me nuise à mon même? Fait.
Ne pas prévoir que mon salaire ne serait pas payé et me retrouver en galère ? Fait.
Confondre l’entreprise et mes intérêts personnels ? Fait.
Se croire indispensable ? Fait.
Confondre promesses et paroles pour des engagements en durs ? Fait.
Ne pas partir alors que j’aurais du partir depuis longtemps ? Fait.


Comme quoi, c’est facile de dire les choses, mais pas si facile de le faire ^_^


Par contre, je n’ai jamais eu à regretter un départ.


Mener une carrière, ce n’est pas une proposition de tout repos. Mais ce n’est pas sorcier non plus. De mon point de vue, les choses sont simples : plus il y aura de studios, plus notre industrie sera grosse, et mieux les choses seront pour nous tous ^_^

 

La meilleure définition du succès que j'ai lu ces derniers jours nous vient de Seth Godin. Tout démarre avec votre attitude:

The hierarchy of success

I think it looks like this:

  1. Attitude
  2. Approach
  3. Goals
  4. Strategy
  5. Tactics
  6. Execution

[ Seth Godin ]


Voilà, vous pouvez revenir les patrons ;-)

Commentaires

La technique "les patrons ne lisaient pas" c'est un peu du même tonneau que "ne pensez pas à un éléphant rose".

Mais étrangement je suis entièrement d'accord avec le billet et je crois que si tous le monde avait cet état d'esprit ça éviterait pas mal de prises de tête dans les boites. Il y a juste le passage sur l'objectif premier de toute entreprise sur lequel j'apporterais une nuance.

Si tu mets un jour les pieds dans une école de commerce on te parlera du cadre référentiel du patron, en gros sa motivation première concernant sa boite. Et si à la base une boite a pour objectif de faire de l'argent, simplement parce qu'il s'agit du sang qui coule dans ses veines, ce n'est pas forcément la motivation première du dirigeant.

Déjà faisons simple, monter une boite c'est pas le chemin garantie vers la fortune, pour ça vaux mieux aller faire cadre sup dans une grosse boite, c'est de la simple gestion de risque comme tu le rappelles. Moi ma motivation c'était simplement de vivre honnêtement de mon art et de m'affranchir des boulets que j'avais au dessus de moi à l'époque. Ca c'est fait et j'ai beaucoup appris dans le processus parce que j'ai su tirer partie de mes erreurs.

Quand j'étais employé j'ai moi aussi fait quelques une des bétises que tu cites et rétrospectivement j'aurais sans doute du rester moins longtemps à mon premier poste. But so be it.

Écrit par : Whirly | 18/09/2009

En voila un post bien interressant.
Je suis d'accord sur la plus part des points.

Ma, petite, experience m'a appris qu'on oublie souvent que c est une industrie dont le but est d'etre profitable (n'est ce pas toujours le cas?). Le piege est de penser que finalement on est tous copains, qu'on est, comme tu le dis, irremplacable et pour finir qu'on vaut vachement plus que ce qu on nous paye. A peut pres tout cela est faux. On peut avoir plein d'affinites entre collegues mais il faut savoir a tout moment quelle est sa place. On peut avoir beaucoup de responsabilites et bien faire son travail sans pour autant etre irremplacable. Et surtout, on peut penser ce qu on veut mais pour ce qui est du salaire, il faut quand on est pas content de son status salarial savoir demander au patron pourquoi il pense qu on ne vaut pas plus : c est une des clefs pour savoir ce qu il faut ameliorer pour valoir plus.

Je pense qu il est important d'avoir des objectifs personnels et d'essayer de les realiser a tout prix mais sans jamais etre irrespectueux des personnes que l'on cottoie et de soi meme. Les entreprises sont de tres bons endroits pour rencontrer des personnes de valeur, il faut savoir en tirer le meilleur et quand cela ne convient plus il faut savoir aller voir ailleurs.

Pour conclure, ma philosophie c'est surtout etre toujours dans l'optique de s'ameliorer, que ce soit en tant que professionel ou qu'etre humain.

Écrit par : Gabriel Ware | 18/09/2009

Bravo pour ce post que je n'aurais pas eu le courage d'ecrire... :).

Rien a dire dessus, si ce n'est ceci pour les jeunes salariés du secteur:

lisez ce post tous les matins, et surtout appliquez bien ses regles inteligement, vous aurez une carriere proffesionelle fort maitrisé !

Écrit par : Nico | 18/09/2009

J'ajouterai mon humble point de vue sur un point important car hier je parlais avec un ami sur ce que je considérais comme une pointure en tant que salarié et ce que je considère comme des "boulets", ça reste mon point de vue et je suis coupable de ne pas l'avoir assez respecté dans le passé chose que j'ai appris de manière douloureuse à faire ces temps-ci.
Mes critères d'évaluation pour quantifier le salaire d'un employé et intrinsèquement sa valeur sont les suivants:
1. le skill (maitrise de son métier en tant qu'exécutant)
2. la compréhension des process de production (comprendre à quoi sert ce que l'on fait, et pourquoi on le fait de cette manière)
3. Les qualités humaines (savoir dire bonjour, se comporter de manière sociable, etc...)
4. L'expérience professionnelle (positive ou négative l'importance sont les enseignements tiré par l'employé de ces expériences)
5. Le respect de ses collègues (ne jamais se croire meilleur que son camarade et encore moins le faire savoir)
6. le respect des règles (savoir s'excuser et justifier d'un retard peu importe les circonstances, savoir se plier aux règles établies)
7. L'autonomie ( noter les infos importantes pour que l'on doivent pas vous ré-expliquer ce qu'il y a faire en permanence)
8. La pro-activité positive ( savoir donné son avis constructif quand c'est important, et savoir se taire aussi)
9. La maturité liée au monde du travail ( savoir qu'une employé a des droits mais aussi des devoirs et qu'il peut être puni pour ça peut importe les fautes de l'entreprise et aussi injuste que cela puisse paraitre)
10. le projet professionnel ( savoir pourquoi on fait le job, pourquoi on veut le faire et savoir ce que l'on y gagne à part le salaire)
11. l'ambition (se donner les moyens personnels d'arriver à ses objectifs)
12. le transfert de compétences et d'expérience (Un employé s'il apprend au contact de l'entreprise doit aussi pouvoir faire apprendre l'entreprise, un employé qui n'a potentiellement rien à transmettre à une entreprise a assez peu de valeur peu importe son skill, par contre un employé qui enrichit l'entreprise a bien plus de valeur)

La liste pourrait être longue, le point 12 est un point très important que l'on développe lors des entretiens dans les pays à forte culture libérale, c'est en général le moment où le futur employé dit à son recruteur si je bosse chez vous voila la valeur ajoutée que je pourrais apporter et cette valeur je pourrais vous la céder et transmettre car c'est ainsi que vous comprendrez ma vrai valeur.
Il y a le point 13 qui est le critère irrationnel et celui la je l'ai définitivement abandonné, c'était le critère qui disait : le pauvre il est complètement inadapté au poste mais il est gentil donc il mérite sa chance, ou bien il est tellement malheureux de pas bosser donnons lui sa chance etc...

Sinon J'aurai bien envie d'imprimer ce post et de le poster sur mes murs mais on va me taxer de provocateur et de mauvai patron. Et c'est clair que je suis un mauvai patron car au final être un patron c'est être le mal :D

Écrit par : Pedro | 19/09/2009

Penser que l'on vaut plus que ce que l'on nous paye et en nourrir du ressentiment, c'est quelque chose d'assez naturel.

Il en faut des situations vécues, des réussites, des échecs, des expérimentations, parfois des renoncements pour être clair sur ce point (si tant est que l'on puisse l'être)...

Dans une industrie qui paye peu, où la moyenne d'age est si peu élevée, où avec 15 ans d'expérience on fait figure de patriarche (pourtant à peine plus du tiers d'une carrière!), c'est même une fatalité.

La vie en entreprise, ce n'est pas quelque chose que l'on peut apprendre à l'école, ni même en stage longue durée. C'est sur la durée que cela se joue, et certains, il est vrai, progressent beaucoup plus vite que d'autres.

J'ai jusqu'à présent assez peu vu de "boulets", mais plutôt des personnes pas aux bonnes places et surtout pas au bon moment.

Et je ne crois pas qu'afficher les 12 points du parfait employé les aurait aidé à s'améliorer :-)

La question du management court terme au sein du projet et des RH long terme est primordiale.

Dans un contexte où il est si dur de trouver des talents, c'est aussi l'intérêt de l'entreprise de les faire progresser sur ce point (cf. le nombre d'annonces sur l'afjv dans un contexte de crise, nombre qui n'est d'ailleurs que la partie immergée d'un énorme iceberg).

Écrit par : serpico | 19/09/2009

J'ai bien aimé ce post "fondamental". Moi aussi j'ai commis une grande partie de ces erreurs et je continuerais à en commettre ( je suis trop émotive... mais je me soigne!).
Je regrette de m'être mal comportée dans le passé, car j'ai froissé des collègues, et dans un si petit monde, c'est absurde, car tu le soulignes avec justesse, c'est avant tout à soi qu'on se fait du mal. Mais la carrière (et l'âge!) sert aussi à s'améliorer en tant qu'homme et en tant que professionnel... certains y arrive du premier coup, et d'autre prennent leur temps... En regard de ce billet, le commentaire de Pedro est très intéressant également! En fait, on devrait lire vos 2 commentaires tous les matins, je suis certaine qu'on travaillerait dans un climat moins tendu!

Écrit par : mipou | 19/09/2009

Salut tout le monde ^_^

Merci d'avoir partager vos pensées, elles sont très instructives :-)

@Whirly: Évidemment, je fais une grossière simplification en dessinant les motivations patronales du simple trait "capitaliste". Je me doute bien que c'est loin d'être la réalité.

En fait, quand je parle de la direction, je parle de l'entreprise en tant que "personne morale". Une entreprise a une personnalité, un objectif, une culture, qui se construisent de l'ensemble des personnes qui composent l'entreprise.

Et l'entreprise en soi est je crois une formidable machine de redistributions de l'argent: les clients payent, le chiffre d'affaire gonfle, les salaires sont versées, les frais sont payés, les profits grossissent (ou pas)...

L'argent est donc au fond le nerf de la guerre ^_^

@Gabriel: Ouais, c'est difficile parfois de faire la part des choses entre les relations de travail, et celle plus amicales...

Au final, on trouve souvent un équilibre, mais c'est vrai que je me sentirai très mal à l'aise si je devais coacher un ami proche... O_o

Peut être que le mot clef, c'est cette fameuse notion de respect...

@Nico: Merci vieux ;)

@Pedro: Très intéressant de voir ton cheminement dans tes priorités. C'est marrant, parce que moi, je mettrai les compétences humaines loin devant les compétences techniques ^_^

D'ailleurs, je ne pense pas que tu me contrediras si je dis que la charge d'un patron ne s'arrête pas au recrutement. Plus que quiconque, en tant que patron, et quelque soit l'origine des torts, tu es toujours "responsable" quand ça se passe mal avec un employé.

C'est une responsabilité forte, lourde, et dont on sors grandi quand on arrive à l'assumer. Car comme un employé ne peut pas être tenu responsable de la stratégie de l'entreprise, il ne peut non plus assumer la charge de résoudre les conflits: cette tache incombe à la direction ^_^

C'est peut être le coté le plus difficile de la charge de gestion, car quand je conseille a un employé de savoir maitriser ses émotions, le patron lui doit savoir faire preuve d'une retenue quasiment surnaturelle ^_^

@Serpico: Comme Gabriel l'a dit aussi, il est très difficile de savoir évaluer exactement ce que l'on vaut. Du coup, le ressentiment est vraiment l'émotion négative la plus communément partagée dans les entreprises ^_^

Alors voilà la réponse que j'ai trouvé à cette question:

La valeur d'une heure de mon travail est très exactement... in-évaluable! En d'autre termes, une heure de mon temps n'as pas de prix!

La raison a cela en est simple: je ne suis pas immortel, je vais mourir un jour. Et donc du coup, il n'y a pas de prix pouvant justifier de donner une heure de ma vie.

Du coup, aucunes rémunérations, aucun bonus ne pourra jamais me satisfaire.

Je ne fais donc pas de ressentiments parce que je n'ai pas à en faire: si je fais ce métier, c'est parce que j'ai choisi ce mode de vie!

Pour moi, ce qui compte, c'est juste que ma paye suffise à maintenir le train de vie que je souhaite à un instant T.

Et ça, ça n'est pas l'affaire de l'entreprise, mais mon problème personnel... ^_^

L'autre façe de la pièce "ressentiment", c'est ce qu'on appelle en Anglais "keeping up with the Jones".

On a tous tendance à se comparer les uns avec les autres. Vous vous êtes jamais retrouvé en réunion d'ancien de promo, et où tout le monde essaye de savoir ce que gagne les autres ?

C'est ça. On a besoin de savoir où on en est par rapport à ses pairs, c'est humain ^_^

Et au sein de l'entreprise, je cache pas que ça peut être un vrai poison !!!

@Mipou: Merci miss. Mais ressentir des émotions, c'est bien aussi ^_^

Après tout, on gagne notre vie en créant des émotions, donc je suis très sceptique quand à la possibilité de faire ça en milieu complètement aseptisé :-)

Écrit par : Daz | 20/09/2009

@Daz, ma liste ne reflète pas l'ordre réel d'importance des points sus-cités, par contre s'il sont ordonnés de la sorte c'est qu'inconsciemment je respecte cet ordre et ça c'est plus préoccupant. On en a parlé ensemble récemment mais je pense que nous avons privilégié trop de fois le point 1 au détriment de tous les autres et c'est notre plus grand tord. Actuellement c'est les points 2/3/6/9/12 que l'on privilégie.

Sinon je vous rejoins sur le fait que le temps n'a pas de prix car il n'est potentiellement pas récupérable. L'autre point que j'assume complétement c'est qu'aussi taré qu'un employé puisse être c'est toujours la faute de la direction car au final, la direction c'est "la responsabilité morale" de l'entreprise et donc des fautes que celle-ci commet via ses employés. Si j'ai un employé qui me pause problèmes c'est entièrement de ma faute, car j'ai pas su voir les signes avant coureur, je n'ai pas su dialoguer, pas su sanctionner, pas su être pertinent dans le traitement du problème, d'ailleurs c'est le point d'incompréhension avec les salariés qui ne comprennent pas forcément l'énergie d'un direction vis a vis d'un élément contre-productif voyant ça souvent comme de l'acharnement certains parlant même de harcèlement moral, alors qu'au final c'est juste que l'entreprise est un rouleau compresseur souvent trop puissant face à l'employé. C'est un peu comme titiller un nid de guêpes, on peut en tuer une mais si l'essaim se retourne contre nous c'est le désastre.

Je conclurai sur un point fondamental qui est très problématique pour un chef d'entreprise c'est "l'humanité" contre laquelle il doit souvent lutté car être trop humain va parfois contre le bien de l'entreprise et celle ci n'est pas humaine et fait peu de cas des problèmes "humains" des salariés.... C'est pour ça que le chef d'entreprise est souvent déshumanisé par ses employés.

Écrit par : Pedro | 20/09/2009

"Pour moi, ce qui compte, c'est juste que ma paye suffise à maintenir le train de vie que je souhaite à un instant T.

Et ça, ça n'est pas l'affaire de l'entreprise, mais mon problème personnel... ^_^ "

En même temps, ça devient le problème de l'entreprise si jamais la paye ne suffit pas à maintenir le train de vie que tu souhaites à l'instant T et que tu te dis "bon bah comme je veux mon train de vie ainsi, je vais ailleurs pour pouvoir être payé assez pour ça".

Bien sûr, elle te retiendrait pas "à tout prix" mais pourrait consentir des efforts si c'était dans un intérêt mutuel.



Ca me rappelle un peu ce qu'on s'est dit avant de se quitter samedi au sujet de certains salaires... Il y a un niveau minimum de train de vie que l'entreprise doit assurer à ses employés.

Écrit par : Mickaël | 21/09/2009

Je ne crois vraiment pas que ça soit le problème de l'entreprise, ou en tout cas pas directement.

Quand une entreprise choisiz de pratiquer une grille salariale en dessous "des prix du marché", elle fait volontairement le choix d'assumer le risque de voir son turn over grandir. C'est une stratégie comme une autre.

N'oublions pas que nul n'est irremplaçable ^_^

En clair, il faut pouvoir tracer deux courbes: une estimation du cout réel du turn over par rapport aux gains acquis à conserver son personnel. Et ça peut sembler contre intuitif, mais il existe vraiment des cas ou pratiquer une grille salariale agressive n'apporte pas fondamentalement un avantage compétitif évident.

Maintenant, si on se place du point de vue de l'employé, il a toujours le choix de rester ou pas. Comme on l'as vu, il a choisi de signer ce contrat, il n'as pas un couteau sous la gorge.

Si pour quelques raisons que cela soit (changement de train de vie, pression sociale ou simplement désir de s'enrichir), c'est à l'employée de faire un choix, pas l'inverse.

Tu peux toujours en discuter avec la direction bien sur, mais il est parfaitement légitime qu'elle te retourne une fin de non recevoir ^_^

La règle est simple: tant qu'il y a des personnes qui acceptent les conditions salariales proposées, et tant que le cout effectif du turn over ne dépasse pas le gain d'une réelle politique salariale, alors l'entreprise n'a aucune raison de changer de stratégie.

Et puis de toute façon, si je voulais vraiment m'enrichir, je ferai de l'immobilier, pas développeur de jeu ;-)

Écrit par : Daz | 21/09/2009

"La règle est simple: tant qu'il y a des personnes qui acceptent les conditions salariales proposées, et tant que le cout effectif du turn over ne dépasse pas le gain d'une réelle politique salariale, alors l'entreprise n'a aucune raison de changer de stratégie."

Je suis d'accord. Mais calculer le cout effectif du turn over doit être compliqué (i.e. : tout n'est pas chiffrable, ça dépend de la personne qui part et de celle qui arrive, du temps qui s'est écoulé entre les deux, etc...). Je ne crois pas aux gens irremplaçables, mais je crois par contre que certains sont moins remplaçables que d'autres.

Écrit par : Mickaël | 21/09/2009

Je vais faire mon petit post chiant d'économie.

Il peut sembler être une bonne affaire pour une entreprise de proposer des salaires bas pour réduire ses salaires (si ça compense le coût du turn-over comme le lit Daz), encore faut il que ses clients finaux aient les ressources nécessaires pour consommer ses services. Et on revient là à Ford qui rémunérait suffisamment ses employés pour qu'ils s'achètent des voitures.

Dans une économie interdépendante, il est clair que si toutes les entreprises sous paient leur employés, on diminue la demande (on incite ensuite au crédit pour la compenser et on entre dans la spirale infernale des sub primes et de la crise).

Bon tout ça pour dire que le salaire peut aller plus loin que le simple désir de l'entreprise ou du salarié.

Écrit par : Seb | 21/09/2009

Dans une perspective macro, évidemment, tout est connecté ^_^

Ces propriétés émergent des conditions du marché, et elles sont "globablement" hors de contrôle à l'échelle individuel ou même à l'échelle des PME. Il faut vraiment considérer ces conditions à l'échelle d'une industrie, ou des gros conglomérats mondiaux, pour distinguer un tel effet direct.

Toujours est-il que si nous avons tous interêt à gagner plus de toute façon (et je ne refuserai pas une augmentation hein, "wink wink nod nod"), le salaire n'est pas forçément directement indexé à notre statut, à notre niveau ou à nos performances.

C'est cette absence qui semble difficile à faire passer ^_^

Écrit par : Daz | 21/09/2009

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