Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/09/2009

Ca fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prenom quand je me presente au telephone...

Pendant que je divague en vain sur l'art d'être un employé modèle (ou apparement un mercenaire, comme quelqu'un m'a dit), d'autres prennent un peu plus de risque en parlant de la "vraie vie", comme cet article de Mustapha Kessous (allez le lire, il est édifiant) :

 

Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des "crochets" balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l'endroit, la population, les préjugés sont poisseux.


J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n'hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu'"un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde !"


Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c'est toujours "M. Kessous". Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capitale puis à celle du Monde, "M. Kessous", ça passe mieux : on n'imagine pas que le reporter est "rebeu". Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, m'avait avoué, en souriant : "Je croyais que vous étiez de notre communauté."

 

[ Le Monde ]

 

Quand on lit les commentaires, une certaine incrédulité revient fréquemment en scène. Il faut dire qu'avec une telle litanie d'anectodes glauques, on se dit qu'il a forçément forçé le trait.

 

Peut être. On ne saura sans doute jamais.

 

Par contre, ce que je sais, c'est que moi aussi je m'appelle Mustapha ^_^ Et pour moi, ce témoignage ne m'a aucunement surpris, loin de là même.

 

Pour être même complétement franc, je trouve qu'il a eu la vie plutôt cool en fait, comparé à ce que je pourrai raconter au sujet du racisme et de la discrimination rampante en France...

 

Bien sur, les choses sont très différentes pour lui comme pour moi. Déjà, je ne suis pas journaliste, je ne suis donc pas forçé d'aller au contact de la vie. Je suis libre de passé les 3/4 de mon temps derrière mon PC, à travailler dans un millieu ou l'ouverture d'esprit est une vertue (voir une nécessité).

 

Professionnelement, dans l'industrie du jeu, je n'ai jamais eu à souffrir de quelques problèmes que ça soit. C'est suffisement rare pour être noté!

 

Par contre, dans la vie de tout les jours...

 

Alors, on développe des stratégies. Moi aussi, je ne donne pas mon prénom au téléphone (je vais même jusqu'a donner un faux nom pour les réservations de restos ou de taxi, ou le nom de la boite, c'est beaucoup plus simple). Moi aussi, je laisse ma copine (qui elle ,est d'origine Française) s'occuper des recherches immobilières, ou de la vie administrative (et en plus, elle est bien plus doué que moi pour ça, ce qui ne gache rien) ^_^

 

J'applique aussi une forme de kung fu mental à base d'observation et de contrôle des signaux émis. J'appelle ça la tactique du caméléon. L'idée: vous faire oublier en 5 minutes que je suis d'origine arabe.

 

Comme je ne peux rien changer aux préjugées que l'on se construit consciemment ou inconsciemment chez mes interlocuteurs, j'essaye d'en jouer un peu. L'objectif, c'est de rassurer, faire oublier que je ne suis "pas" comme les autres. J'essaye dans la mesure du possible de trouver comment mettre les gens à l'aise avec ma présence.

 

Ca ne change rien au fond du problème, et je ne peux pas faire ça tout le temps (la dame qui s'assied dans le siège le moins confortable du Rer parce qu'elle ne veut pas s'assoir à coté de moi, je n'y peux rien) mais ça permet de vivre avec les autres au quotidien. Et ça me permet d'avoir une longueur d'avance.

 

Au fond, la plupart des gens sont victimes de leurs préjugés, moi comme les autres. J'essaye de connaitre les miens, et de pardonner aux autres (dans la mesure du possible). Un vendeur qui ne veut pas de moi comme client, bah, c'est lui qui pert des sous, pas moi. Un serveur qui refuse de me servir, pareil.

 

Il n'en reste pas moins qu'on devient vite "l'arabe du coin", ou "le" représentant ethnique de la boite. Ce n'est pas forçément la faute de l'entreprise, mais c'est vrai que je me sens parfois un peu "seul"...

 

Parfois quand même, je me demande comment ça se serait passé si j'avais choisi une autre industrie. Certains de mes amis ont très bien réussi aussi, mais d'autres ont plus de mal...

Commentaires

vous etes des precurseurs, mais avec des boites et des talents qui se forgent a Ubi Casa et d'autres initiatives que je ne connais pas faite ailleurs, je pense que dans notre industrie, tu te sentira de moin en moin seul, et c'est tant mieu

la diversitee d'experience dans une boite qui cree des produits (artistique ou commericale) est si importante et apporte tellement a tous, car nous assoifons notre curiosite de nouveaux points de vue.

Écrit par : Nico | 24/09/2009

Je ne connais pas assez d'autres secteurs pour faire la comparaison. Mais je pense qu'effectivement, le secteur jeu vidéo est constitué de gens tellement différents, ne serait-ce que par leurs métiers très variés, qu'il y a probablement moins de préjugés qu'ailleurs... peut-être.

Ceci dit, je ne donne pas mon prénom non plus dans les situations client/vendeur ou administratives (du moins jusqu'à ce qu'on me le demande), bien qu'il soit d'origine on ne peut plus latine.

Écrit par : Mokona | 25/09/2009

Je ne me sers pas non plus de mon prénom au téléphone, je pense que c'est une déformation professionnelle pour tous. J'ai la chance d'appartenir à un secteur très ouvert (le secteur du social) qui est en quelque sorte une cour de récréation pour grand enfant sérieux. Les préjugés n'ont pas souvent cours mais il y a des cons partout même dans le social. C'est un secteur où une certaine proximité existe entre les services, une sorte de solidarité dans l'adversité qui fait que le prénom arrive très vite sur le tapis. Pour notre profession, nous sommes stigmatisés en tant que travailleur social, on se répère dans les tribunaux, les institutions, parfois même dans la rue, on a une dégaine sociale, les gens le sentent et c'est à nous qu'ils vont demander leur chemin ... On est les soi disant gentil de service et pardois c'est dure ... lol

PS : Mon nom a pure consonance européenne est utilisée par mon conjoint afin de se délester des tâches administratives même si dernier essaie de me passer de la pommade en me disant que je fais cela très bien ;-) si cela n'est utilisé son patronyme d'origine arabe a une in utile .. lol

Écrit par : alex | 26/09/2009

Lorsque j'avais 5 ans, mon père travaillait en Algérie et on l'avait rejoint à l'époque. C'était la première fois que j'avais pris l'avion et où j'avais sortie, alors que l'on survolait le Rhône, "oh maman regarde la grande autoroute".

C'était aussi l'époque où j'ai découvert le racisme en me faisant tabasser par un groupe de jeune parce que j'étais blond.

Après c'est sur qu'en fonction du milieu socio professionnel dans lequel on est évolue c'est différent, même si souvent on peut avoir de mauvaises surprises. Je me souviens avoir bossé dans le BTP durant les vacances et bon là bas mieux valait pas être une femme.

Au final je pense que le racisme est en recul, parce qu'il est toujours plus facile de se faire des idées sur des gens dont on est pas au contact genre "l'arabe est voleur, ah mais Mr Sifaoui notre voisin d'a côté est très sympa". Mais ce genre de changements prennent du temps, trop de temps.

Écrit par : whirly | 26/09/2009

Bon moi je suis mal placé pour parler car je suis un pur mélange de ce qui fait la richesse de cette planète (de l'indien d'amazonie, en passant par les catholiques espagnol mélangé avec des juifs slaves venu de mongolie croisé avec le moyen orient sans compté quelques gouttes de sang d'esclaves venu de la lointaine Afrique). Ma grand mère, en tant que personne ayant fui les pogroms et évité les camps de concentration voulait à tout prix que je me présente aux gens comme Pierre et non comme Pedro (J'ai les deux prénoms). J'ai toujours été fier de ce que je suis même si je ne dis pas forcément tout de mes origines et paradoxalement c'est un sentiment qui m'est venu assez tard car avant ça ne m'a jamais dérangé.
Je comprends tout à fait le coté Camaléon, car c'est ce qui fait que je suis quelqu'un qui est juif pour les juifs, chrétien pour les chrétien, et rien du tout pour les autres. Ma femme est polonaise catholique comme il se doit et il est clair qu'il ne va pas de bon ton d'afficher mes origines lors de voyages en pologne qui est un pays où certaines velléité identitaire subsistent. Donc au final je me suis forgé ma propre identité car la religion je m'en tape, et la couleur de peau aussi (je suis un vrai pakistanais qui je suis bronzé et avec un peu de barbe on me prendrait pour un taliban :D). J'ai jamais été de toute façon considéré comme autre chose qu'un étranger partout où j'allais en france on me considère comme brésilien au brésil comme français, en Israel comme Russe, en fait il n'y a que les amérindiens qui m'accepte comme l'un des leurs qu'il soit sioux, cherokee, tupi, guarani etc... sans doute car j'assume aussi totalement ce côté de moi.
J'ai grandi avec une phrase d'un diplôme de compagnon du devoir d'un humaniste appelé Amiot (c'était dans les toilettes de chez ma mère) : De tous les fléaux qui désolent l'humanité celui qui fait le plus de ravage est l'ignorance.
Le fait que je ne me considére pas comme raciste fait que parfois je suis capable de dire les pires bétises mais sans vices car je n'ai pas conscience de leur coté discriminatoire.
Comme dirait quelqu'un que j'ai vu récément je suis un étranger en déguisement d'européen :D

Écrit par : Pedro | 26/09/2009

Je ne donne mon nom que si on me le demande, mais par contre, je suis grille tout de suite quand je le dis ;)

Les coreens ayant des noms formes de 3 syllabe en general, je n'utilise que mon prenom (prononce en Coreen, on a les 3 syllabes)... pas de nom de famille, c'est trop long.

Mais bon, en l'occurence, je ne suis pas un "2e generation" mais bien un etranger dans ce pays, je peux donc tout a fait comprendre qu'on me prenne differemment... mais c'est parfois desagreable, et ca je ne le laisse pas forcement passer ;)

Écrit par : MMoi | 28/09/2009

Comme vous l'avez rappelez, le racisme est un problème particulièrement relatif: il suffit d'être différent. Que vous soyez noir à Moscou ou blanc en Chine ou jaune en Afrique. Je pense bien sur que certaines sociétés sont plus accueillantes que d'autres, mais c'est le même délire un peu partout quand même...

Un point aussi que m'intéresse aussi, c'est la différence d'images entre les consommateurs de jeu et nous, les développeurs. Une bonne composante de notre clientèle vient des milieu modestes, souvent d'origine étrangère.

Par contre, les jeux que l'on produit sont à notre image: un véritable catalogue de cliché allant du gros black ou latino baraqué dans Gears au rappeur taggeur des jeux de Mark Ecko, en passant par la vulgaire bimbo.

En fait, nos représentations mentales sont "blanches", et peu de jeu n'aborde ces thématiques par l'autre bout de la lorgnette...

Mais ceci est un autre débat...

Écrit par : Daz | 29/09/2009

(I am going to write this in English because I have a cold and am lazy - sorry.)

I'm surprised this blog post surprised me, although it shouldn't, people being people and Europe being Europe. Still, I've always been impressed that French game developers are much more diverse, in terms of skin color and gender than those in, say, German-speaking countries, where anyone who is not pasty white stands out. I guess that led me to believe it was no problem being dark-skinned and/or muslim in France - thanks for correcting that misconception.

(I know at least one (closeted) gay game developer who did not like everyone calling each other 'pede' all the time.)

Écrit par : Jurie | 05/10/2009

Yep it's true that as a side note, the industry itself is mostly male, and quite young ^_^

This leads to all kinds of quite "violent" or "abusive" jokes and nicknames being thrown around in the open space. Most of the time, say 98% of the time, it's just an harmless way to disarm the stress and tension around.

But sometime, I make it clear where is the line that noone is free to cross, and you're right, it may be not fun being gay in a game studio.

That said, I used to think that the game industry was quite of more open minded than the society at large, but overall, I now think that it mostly mirror the same ideas out there....

Écrit par : Daz | 06/10/2009

Les commentaires sont fermés.